Les psychologues en France – Cartographie 2024
15 février 2026Chronique du 16 février 2026
Non, je ne vais pas vous analyser
(sauf si vous insistez)
Chronique d’une professionnelle bien réelle, au royaume des fantasmes collectifs
-« Ah t’es psy ? Donc tu me regardes là, et tu sais déjà tout de moi, hein ? »
– Non. Je me demande surtout si je n’ai pas une feuille de salade entre les dents.
Bienvenue dans le monde merveilleux des idées reçues sur les psychologues, où l’on croit que nous passons nos journées à analyser les rêves des gens, à diagnostiquer les névroses de la boulangère, et à noter les lapsus des collègues en réunion comme si notre vie en dépendait.
Spoiler alert : on est surtout très bons pour ne pas finir nos cafés !
Idée reçue n°1 : « Les psychologues, ça lit dans les pensées. »
Oui, bien sûr. On a une option “boule de cristal” en Master 2, entre “psychopatho du nourrisson” et “épistémologie avancée”. D’ailleurs, quand on monte dans le métro, on capte immédiatement le complexe d’Œdipe du conducteur.
Non, on ne lit pas dans les pensées.
On lit dans les silences. Dans les hésitations. Parfois dans les regards qui s’échappent. Et dans les phrases qui trébuchent.
Mais soyons honnêtes : parfois on ne comprend rien. Et on le dit. Parce qu’on n’est pas des machines à décoder les âmes. On est des professionnels qui accueillent l’opacité, l’ambigu, le contradictoire, sans chercher à tout résoudre.
Idée reçue n°2 : « Les psychologues posent toujours des questions bizarres sur l’enfance »
C’est vrai. Enfin… pas toujours.
Mais parfois, oui, on demande comment c’était à la maison. Et non, ce n’est pas pour faire plaisir à Freud, paix à ses pulsions.
C’est parce que l’enfance est un lieu qui parle encore, même à 50 ans passés. Parce que les traces de l’enfance ne s’effacent pas avec le temps, et qu’un mot, un lieu, un silence peut raviver ce qui semblait cicatrisé.
Il existe des psychologues d’orientation systémique, TCC, humaniste, analytique, intégrative, et même ceux qui n’aiment pas les étiquettes. Et ce n’est pas du marketing : c’est le reflet d’un métier pluriel, vivant, exigeant. Non, on ne se contente pas « d’écouter passivement en hochant la tête ». On travaille. Intensément. Et on paye même notre propre supervision, oui Madame.
Idée reçue n°3 : « Les psy, c’est pour les fous. »
Alors là, il faut s’asseoir. Pas sur le divan, sur un préjugé. Et de préférence bien calé, parce que celui-ci a la peau dure.
« Aller voir un psy ? Moi ? Non merci, je ne suis pas cinglé. »
Ah, le fameux mot qui claque comme une gifle invisible : fou.
Fourre-tout générique pour tout ce qui dérange, déborde, pleure trop, pense autrement ou tremble un peu trop fort.
Mais au fond, c’est quoi, être fou ? Être traversé par un chagrin tenace, qui revient sans prévenir ? Par une angoisse qui prend toute la place ? Par une fatigue de vivre qui ne passe pas avec les conseils Tik Tok ?
Ce qu’on appelle « folie », parfois, c’est juste un moment où ça ne tient plus tout seul. Et c’est là que le psychologue entre en scène, pas avec des potions magiques, mais avec une écoute engagée, un cadre sécurisant, et une patiente attention à ce qui vacille.
Non, consulter un psychologue ne veut pas dire qu’on a « un problème ».
Ça veut dire qu’on reconnaît un besoin, un nœud, une faille, une douleur qui ne veut plus se taire.
Ça veut dire qu’on fait de la place à sa part blessée, confuse, excessive ou triste ; bref, à sa part humaine.
Idée reçue n°4 : « T’es psy ? Tu dois être hyper zen dans ta vie perso. »
C’est mignon. Mais non. Parfois on oublie nos clés. Parfois on pleure devant un dessin animé. Et parfois, on répond trop sèchement à notre ado (pardon chérie).
Être psy, c’est surtout accepter de ne pas être au-dessus de la mêlée. C’est être dedans, avec une certaine conscience de ce qui se joue. Pas mieux, juste autrement.
Et puis, nous savons que nous sommes traversés par des affects, des répétitions, des résistances. Et nous les travaillons (enfin, nous essayons). Parce que notre outil de travail, c’est nous-même. Avec nos failles et nos forces.
Idée reçue n°5 : « Vous êtes un peu des gourous quand même… »
Ah. Celle-là, elle pique.
Et pourtant, c’est une vraie question.
Parce qu’il y a des dérives. Parce qu’il y a des gens qui se disent “thérapeutes” sans formation, sans supervision, sans cadre éthique.
Et parce qu’il y a des personnes qui ne savent pas toujours où ils mettent les pieds.
C’est pour cela que le titre de psychologue est protégé par la loi. Que notre formation est longue, exigeante, universitaire.
Que nous avons un Code de déontologie, un engagement à ne jamais prendre pouvoir sur autrui.
Parce que nous ne délivrons pas de vérité. Nous accompagnons des processus.
Et puis il y a les perles :
« Vous êtes payé à écouter, en fait ? Trop bien. »
« Moi aussi je pourrais faire ce métier, tout le monde me dit que je donne de bons conseils. »
« J’aurais voulu faire psy, mais j’ai préféré un vrai métier. »
« Ça doit être dur de parler toute la journée avec des gens tristes. », mais nous ne parlons pas avec des gens tristes. Nous parlons avec des gens vivants. Bouleversants. Complexes. Qui viennent déposer un bout de leur monde intérieur, avec courage.
En guise de conclusion :
Alors oui, nous sommes psychologues. Non, nous ne lisons pas dans les pensées. Non, nous ne sommes pas tous zen (et surtout pas moi !). Et non, nous ne vous analysons pas en secret (en tout cas, pas gratuitement !).
Mais oui, nous aimons notre profession, même les jours où le café refroidit trois fois sans avoir été bu !
Parce qu’il dit quelque chose de l’humain, de sa fragilité, de ses résistances.
Parce qu’il exige de nous d’apprendre sans fin, de douter avec constance, et d’accueillir sans juger.
Et puis, franchement, qui d’autre peut dire à la fin d’une journée : j’ai peut-être contribué, un peu, à ce que quelqu’un aille un peu mieux ?

