
Chronique du 12 janvier 2026
11 janvier 2026Les mots de Lionel Camalet,
Psychologue spécialisé en psychopathologie et psychologie clinique ; Co-dirigeant du M3P
31 janvier 2026
Depuis plusieurs années, les critiques adressées au dispositif MonSoutienPsy suscitent en retour des réactions indignées de certains collègues conventionnés. Ces réactions prennent souvent la forme de témoignages cliniques sincères, insistant sur la liberté de pratique, la bonne foi des professionnels, l’utilité ponctuelle du dispositif pour des patients qui n’auraient pas consulté autrement, ou encore sur le fait que « chacun est libre d’y participer ».
>Il est essentiel de le dire clairement : la critique de MonSoutienPsy ne porte pas sur la compétence ou l’engagement des psychologues qui y participent. Personne ne prétend sérieusement que les collègues conventionnés dans leur ensemble seraient manipulés, aliénés ou animés de mauvaises intentions. Ce n’est pas là que se situe le débat.
>Le débat est politique, structurel et systémique.
>Une grande partie des réponses des conventionnés est en réalité hors sujet, non par mauvaise foi, mais parce qu’elles répondent à une accusation qui n’est pas formulée. Dire que personne ne dicte la durée des séances, que l’on reste libre dans son orientation théorique, que l’on ne s’enrichit pas avec 50 euros la séance, ou que l’on rencontre des publics précaires grâce au dispositif, ne répond pas à la question centrale : quel modèle de prise en charge de la souffrance psychique est aujourd’hui promu et financé par les pouvoirs publics ?
>>>>>>>>>>L’argument souvent avancé selon lequel « les budgets du sanitaire, du médico-social et des CMP n’ont rien à voir avec ceux de la CPAM » est, sur le plan politique, un faux débat. La distinction comptable entre enveloppes ne dit rien des choix de priorisation opérés par l’État. Créer, financer et valoriser un dispositif spécifique, c’est toujours choisir de ne pas investir ailleurs à la même hauteur. Ce choix n’est jamais neutre.
D’autant plus que les discours rassurants tenus pendant des mois par les élus et les délégues interministériels de tout bord, affirmant que MonSoutienPsy viendrait « en plus » et que personne ne perdrait de financement, ont été contredits par les faits. Dans plusieurs territoires, des structures associatives ont vu leurs financements réduits ou supprimés, explicitement au motif de l’existence du dispositif. Le cas notamment de l’association Naître et Bien-Être en est un exemple concret. Aujourd’hui, cette réalité n’est même plus dissimulée : MonSoutienPsy est devenu un argument assumé pour justifier des non-reconductions ou des redéploiements budgétaires.
Le cœur de la critique est ailleurs. Il tient au fait que des fonds publics sont fléchés vers un dispositif qui n’a pas démontré son efficacité à l’échelle populationnelle, ni en prévention, ni en continuité des soins, ni en rapport coût/bénéfice pour la collectivité. Le dispositif rate en grande partie sa cible : les situations complexes, les troubles sévères, les trajectoires longues, les familles, les contextes institutionnels et sociaux lourds restent insuffisamment pris en charge.
>Par comparaison, les structures publiques et médico-sociales, lorsqu’elles sont correctement dotées, proposent des prises en charge sans avance de frais, sans limitation arbitraire de durée, pluridisciplinaires, articulées avec les partenaires et les familles. MonSoutienPsy promeut au contraire une logique de soins fragmentés, courts, standardisés, parfaitement compatibles avec une vision gestionnaire de la souffrance psychique. Il s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de paramédicalisation des psychologues, désormais pensée et actée dans les textes et les pratiques, y compris par des usages détournés du dispositif en institution, parfois imposés aux professionnels psychologues sommés d’y adhérer.
Que certains patients franchissent la porte des cabinets grâce à ce dispositif est une réalité clinique. Mais l’accessibilité individuelle ne constitue pas, à elle seule, une politique de santé mentale. Sinon, on accepte que le soin psychique repose sur des solutions transitoires, sous-financées et externalisées, pendant que le service public continue de s’épuiser.
Enfin, rappeler que chacun est « libre » d’adhérer au dispositif ne neutralise en rien l’enjeu collectif. Un dispositif peut être optionnel pour les praticiens tout en produisant des effets structurels délétères pour la profession et pour le système de soins.
>La critique de MonSoutienPsy n’est pas un procès d’intention.
>C’est une critique d’un choix politique, d’une orientation des financements, et d’un modèle de prise en charge qui, à ce jour, n’a pas démontré qu’il améliorait durablement la santé mentale de la population. Continuer à confondre ces deux plans — l’engagement individuel des cliniciens et l’analyse structurelle du dispositif — empêche tout débat sérieux et une mobilisation collective.
>On peut être une excellent.e clinicien.ne, engagé.e, formé.e et consciencieux.se dans sa pratique, et oeuvrer de bonne foi et avec toutes les meilleures intentions du monde à un dispositif qui participe activement à la destruction du bien commun et à la mascarade du double discours politique sur la prise en compte de la souffrance psychique et de la santé mentale.

