
Eléments d’éclairage sur l’actualité 31 janvier 2026
31 janvier 20264 février 2026
Violences en milieu scolaire et responsabilité du débat public
L’agression d’une professeure par un élève, survenue le 3 février, constitue un drame humain majeur.
Nous souhaitons avant toute chose exprimer notre soutien plein et entier à l’enseignante, à ses proches, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté éducative profondément affectée par cet événement. Les élèves, les équipes pédagogiques et les personnels éducatifs sont également touchés, parfois durablement, par de tels actes de violence.
C’est précisément parce que ces situations sont émotionnellement extrêmes qu’elles appellent à une parole publique responsable, rigoureuse et respectueuse.
Or, lors de l’émission Punchline diffusée sur CNews et Europe 1, Jean-Christophe Couvy, secrétaire national du syndicat de police UN1TÉ, a déclaré :
« Il y a beaucoup de pédopsychiatres et de psychologues qui ont cassé un petit peu les règles de société qu’on avait. […] On a des sociopathes qui vivent en dehors des règles de la société. »
Ces propos ont été validés à l’antenne par l’animatrice de l’émission.
Lien vers l’émission du 3 février 2026 / à 1h24 : https://www.cnews.fr/les-replays/punchline
Le M3P tient à alerter publiquement sur le caractère infondé, stigmatisant et diffamant de telles affirmations à l’encontre des pédopsychiatres et des psychologues, qu’ils interviennent dans l’Éducation nationale, la protection de l’enfance ou aux côtés des forces de sécurité.
Ces professionnels ont pour mission d’accompagner, d’évaluer, de prévenir et de protéger, aussi bien les victimes que les auteurs de violences. Les désigner comme responsables d’une supposée « transgression des règles de la société » n’a aucune base scientifique, clinique ou institutionnelle, et n’a pas sa place dans le débat public.
Nous rappelons par ailleurs que, à ce stade, les éléments connus concernant le contexte de l’agression restent partiels :
– un adolescent de 14 ans,
– un contexte social délicat, avec une mesure éducative consécutive à un signalement pour de possibles violences intrafamiliales,
– l’absence de motivation religieuse ou politique,
– des griefs liés à des mesures disciplinaires en cours.
Ces éléments n’expliquent pas l’acte et ne le justifient en aucun cas. Ils appellent simplement à la prudence et à une lecture plurielle, sans amalgame ni instrumentalisation. Les évoquer ne revient ni à excuser la violence, ni à « psychiatriser » un mineur, mais à refuser les raccourcis idéologiques.
La lecture systématique de faits divers tragiques à travers des grilles idéologiques simplificatrices nuit à la compréhension des phénomènes de violence, fragilise les politiques de prévention et entrave la réflexion collective sur la protection des professionnels et des usagers.
Nous constatons depuis plusieurs années une tendance préoccupante : des faits divers tragiques sont systématiquement lus à travers le prisme d’un supposé déclin civilisationnel, où toute tentative de compréhension contextuelle est disqualifiée comme une légitimation de la violence. Cette logique binaire est dangereuse. Elle empêche toute réflexion sérieuse sur la prévention, la protection des professionnels et le traitement réel des violences.
Dans ce contexte, le M3P a décidé de saisir l’ARCOM afin de dénoncer ces propos et de demander la diffusion d’un droit de réponse sur les antennes concernées.
Nous appelons également l’ensemble des syndicats et organisations professionnelles de pédopsychiatres et de psychologues, notamment ceux intervenant dans l’Éducation nationale et la Police nationale, à se mobiliser et à condamner publiquement ces déclarations.
Défendre les professionnels du soin psychique, ce n’est pas nier la gravité des violences.
C’est au contraire refuser les amalgames, protéger le débat démocratique et rappeler que la sécurité, l’autorité et la prévention ne se
construisent pas contre la clinique, mais avec elle.


