
Chronique du 15 jullet 2026 – Cette question que je ne voudrais plus jamais entendre
19 juillet 2026La souffrance psychique n’est pas déconnectée de la souffrance sociale
Face aux mobilisations citoyennes,
le M3P rappelle que la santé mentale est aussi une question de justice sociale, de dignité et de choix politiques.
La souffrance psychique ne naît pas dans un vide social
Depuis plusieurs semaines, la colère s’exprime dans les rues de France. Lycéens, étudiants, salariés, citoyens de toutes générations se mobilisent pour défendre leurs conditions de vie, leur avenir, leurs droits et leurs services publics. Derrière la diversité des revendications, une même inquiétude traverse notre société : celle de ne plus pouvoir vivre dignement, de ne plus être entendu, de voir progressivement disparaître les protections collectives qui permettent à chacun de trouver sa place.
Le Mouvement des Psychologues Cliniciens et Psychologues Psychothérapeutes (M3P) tient à exprimer sa solidarité avec ces mobilisations et avec les revendications de justice sociale, d’égalité et de dignité qu’elles portent.
Car la souffrance psychique ne naît pas dans un vide social.
La souffrance psychique est aussi contextuelle
En tant que psychologues cliniciens, nous savons combien les conditions d’existence influencent la santé psychique.
La précarité financière, la peur du déclassement, l’insécurité professionnelle, les difficultés d’accès au logement, l’isolement, les discriminations, les violences et l’incertitude face à l’avenir ne sont pas de simples éléments de contexte. Ils peuvent fragiliser profondément les individus, les familles et les liens sociaux.
Comment demander à une personne de retrouver de la sérénité lorsqu’elle ne sait pas comment payer son loyer ou nourrir ses enfants ? Comment accompagner un adolescent dans la construction de son avenir lorsqu’il grandit dans un environnement où les perspectives se rétrécissent ? Comment parler de prévention en santé mentale lorsque les conditions mêmes d’une existence digne deviennent toujours plus difficiles à réunir ?
La souffrance psychique possède une dimension intime, singulière, mais elle s’inscrit aussi dans des réalités relationnelles, sociales et institutionnelles. Ce qui se joue dans la société se retrouve, inévitablement, dans nos cabinets et dans les institutions de soin.
Quand les protections collectives s’affaiblissent
L’affaiblissement des services publics participe de cette insécurité collective.
À l’hôpital, dans les services de psychiatrie, dans les établissements scolaires, à l’université, dans les dispositifs de protection de l’enfance ou d’accompagnement social, les difficultés d’accès, le manque de moyens et la dégradation des conditions d’accueil affectent autant les personnes qui ont besoin de ces services que celles qui y travaillent.
Les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, les violences intrafamiliales, les discriminations, les difficultés rencontrées par les victimes pour être protégées, entendues et accompagnées, les obstacles à l’accès à la justice constituent également des enjeux majeurs de santé psychique. Lorsqu’une société ne parvient pas à protéger suffisamment les plus vulnérables, les conséquences humaines ne peuvent être considérées comme de simples problèmes individuels.
Il en va de même pour les agriculteurs confrontés à des conditions économiques, professionnelles et climatiques éprouvantes, pour les travailleurs exposés à des organisations délétères, pour les personnes âgées isolées, pour les familles précarisées ou pour les jeunes confrontés à une inquiétude croissante quant à leur avenir.
Ces réalités ne produisent pas mécaniquement des troubles psychiques, mais elles constituent des facteurs de vulnérabilité dont nous ne pouvons faire abstraction.
Le soin ne peut se substituer à la justice sociale
On ne peut pas prétendre faire de la santé mentale une priorité nationale tout en négligeant les déterminants sociaux, économiques et politiques qui contribuent à la fragiliser.
Il serait profondément réducteur de répondre à des souffrances collectivement produites par la seule multiplication de dispositifs individuels de prise en charge psychologique. Les psychothérapies sont indispensables pour celles et ceux qui en ont besoin. Mais elles ne sauraient se substituer à des politiques de prévention, de protection, de solidarité et de justice sociale.
Le soin psychique ne peut devenir le lieu où l’on demanderait aux individus de s’adapter indéfiniment à des conditions de vie qui les mettent en difficulté.
Ne pas effacer les revendications légitimes
Dans ce contexte, le M3P condamne les violences commises à l’occasion des manifestations, qu’elles visent les personnes, les professionnels mobilisés pour assurer la sécurité ou les biens. Il rappelle également que l’exercice du droit de manifester doit être garanti et que toute intervention des forces de l’ordre doit respecter les principes de nécessité et de proportionnalité.
Mais nous refusons que les violences, aussi condamnables soient-elles, viennent effacer du débat public les revendications légitimes et les souffrances qui s’expriment.
Réduire ces mobilisations aux seuls débordements serait passer à côté de ce qu’elles révèlent : une inquiétude profonde concernant les conditions de vie, la confiance dans les institutions, la solidarité et l’avenir commun.
Prendre soin de la société, c’est aussi prendre soin de la santé psychique
Le M3P affirme son attachement à la convergence des mobilisations qui défendent les droits fondamentaux, les services publics, la justice sociale et la dignité humaine.
Parce que notre responsabilité de psychologues ne se limite pas à accueillir la souffrance lorsqu’elle s’exprime, mais consiste aussi à rappeler les conditions dans lesquelles elle se construit, se renforce ou peut s’apaiser.
Prendre soin de la santé psychique d’une population, c’est aussi prendre soin de la société dans laquelle elle vit.
