Rapport moral et d’activité 2025 – 2026 du M3P
28 avril 2026Nouvelle extension du conventionnement : le M3P alerte sur une évolution préoccupante de l’organisation des soins psychiques
10 juin 202611 mai 2026
La psychothérapie ne peut pas devenir un acte administré par l’Assurance maladie et les psychologues ne sont pas des auxiliaires médicaux
La récente tribune publiée dans l’Express présente la création d’une convention nationale des psychologues avec l’Assurance maladie comme une solution permettant de «sortir de l’impasse » de MonSoutienPsy.
Cette proposition mérite pourtant d’être interrogée avec la plus grande vigilance.
Car si le constat d’échec partiel de MonSoutienPsy est aujourd’hui largement partagé — faible adhésion des psychologues, lourdeur administrative, difficultés cliniques, attractivité limitée du dispositif — les réponses avancées ne sont pas neutres.
Et derrière l’idée d’un conventionnement national se joue en réalité une transformation profonde de la conception même du soin psychique.
Une convention nationale ne constituerait pas un simple outil technique de remboursement. Elle ouvrirait nécessairement la voie à un pilotage croissant de la psychothérapie par des logiques médico-administratives : définition des actes, nomenclatures, critères de sélection, protocoles, parcours standardisés, évaluation des pratiques, contrôle des indications, articulation renforcée avec le champ médical. Le risque est que les contraintes administratives finissent par définir ce qu’est un « bon soin », avant même la rencontre avec le patient.
Autrement dit, un mouvement de paramédicalisation progressive de la profession de psychologue.
Or les psychologues ne sont ni des auxiliaires médicaux, ni des exécutants de protocoles standardisés.
Leur autonomie professionnelle et clinique constitue une garantie essentielle pour les patients comme pour la pluralité des approches psychothérapeutiques.
La psychothérapie ne peut être réduite à une succession d’actes techniques administrés par l’Assurance maladie.
Le soin psychique engage la singularité des personnes, la complexité des trajectoires humaines, la temporalité propre de chaque rencontre clinique. Il repose également sur la diversité des références théoriques et des pratiques psychothérapeutiques.
Cette pluralité ne constitue pas un obstacle à corriger ; elle représente au contraire une richesse clinique indispensable.
Depuis plusieurs années, nous alertons sur un glissement silencieux : celui d’un déplacement progressif du centre de gravité du soin psychique. On ne partirait plus de la clinique pour penser les dispositifs, mais des dispositifs pour organiser la clinique.
Et lorsque le cadre administratif précède la rencontre thérapeutique, le risque est grand de voir le soin s’adapter aux contraintes institutionnelles plutôt qu’aux besoins singuliers des patients. Lorsque les protocoles deviennent prioritaires, certains patients complexes, atypiques ou en grande souffrance risquent d’être exclus des cadres standardisés.
La question posée aujourd’hui ne peut donc pas se limiter à : « Comment mieux rembourser les psychothérapies ? »
Elle devient : « Quel modèle de soin psychique voulons-nous collectivement défendre ? »
- Oui, l’accès financier aux psychothérapies doit être amélioré.
- Oui, les psychologues doivent être mieux reconnus.
- Oui, les politiques publiques en santé mentale nécessitent des moyens massifs et une réflexion ambitieuse.
Mais nous refusons que cette réflexion conduise à une normalisation progressive des pratiques psychothérapeutiques et à une subordination croissante de la clinique aux logiques administratives et médicales.
D’autres voies existent :
- renforcement des services publics de psychiatrie et de psychologie,
- soutien massif aux CMP et structures de proximité,
- amélioration des financements existants,
- dispositifs respectueux de l’autonomie professionnelle, de la pluralité des approches et surtout des besoins de la population.
Une évolution aussi profonde du statut, de l’identité et des modalités d’exercice des psychologues ne peut par ailleurs être engagée sans un débat large, pluraliste et démocratique au sein d’une profession qui compte aujourd’hui plus de 80 000 psychologues, aux pratiques, références théoriques et réalités d’exercice extrêmement diverses.